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CHAPITRE III
Le début du mouvement en Mandchourie
Quand je partis en février 1908 pour mon long voyage en Mandchourie, j'y allai avec la conviction que j'avais de la part de Dieu un message à transmettre à son peuple. Mais je n'avais pas de méthode. Je ne savais pas comment diriger un Réveil. Je ne pouvais faire une allocution et laisser prier les gens, et c'était tout.
Le soir de mon arrivée à Moukden, je causais, dans mon bureau avec mon hôte missionnaire. Naturellement, j'étais tendu au plus haut point à la pensée de ce qui m'attendait; mon hôte, au contraire, semblait spécialement indifférent à la pensée d'un Réveil. Il choisit ce soir-là, entre tous, pour m'impressionner par la supériorité de ses vues théologiques. "Vous savez, Goforth, me dit-il, il y a un terrible phraseur dans votre Mission. Comment s'appelle-t-il ? Mac... ? "
- " Est-ce Mac Kengie? demandai-je; mais ce n'est pas possible, car il est loin d'être un phraseur. Il est considéré comme un des meilleurs théologiens de la Chine. "
- "Non, me dit-il, ce n'est pas Mac Kengie; oh, oui, je m'en souviens, c'est Mac Kay."
- "Mais Mac Kay est notre secrétaire, répliquai-je, et une de ses allocutions serait appréciée par n'importe quel auditoire. "
- "Eh bien, dit-il, je l'ai entendu à la conférence de Shangaï. Sa théologie, mon cher, est aussi vieille que le déluge!
- "Arrêtons-nous, dis-je, car ma théologie est aussi vieille que la sienne. De fait, elle est aussi ancienne que le Tout-Puissant Lui-même! "
J'appris aussi que la femme de mon hôte n'était pas en sympathie avec mes réunions, et était partie en visite chez une de ses amies avant mon arrivée. Je ne pus pas m'empêcher de penser que, si ce foyer était un échantillon de ceux des autres missionnaires, les perspectives d'un Réveil étaient bien lointaines.
D'autres désappointements m'attendaient. Je n'avais accepté l'invitation qui m'avait été faite l'année précédente, qu'à la condition que les deux branches de l'Eglise Presbytérienne l'Irlandaise et l'Ecossaise s'uniraient pour mes réunions, et que celles-ci se seraient préparées par la prière.
Imaginez ma déception, quand j'appris qu'aucune réunion supplémentaire de prières n'avait eu lieu. La goutte qui fit déborder le vase et qui fit chanceler ma foi déjà défaillante, fut d'apprendre que les deux branches de l'Eglise presbytérienne ne s'étaient pas unies. Je montai dans ma chambre; m'agenouillant près de mon lit et incapable de retenir mes larmes, je criai à Dieu : "A quoi bon ma venue? Ces gens ne te cherchent pas. Ils ne désirent aucune bénédiction. Que puis-je faire?" Une voix me sembla me répondre immédiatement : "Est-ce ton œuvre ou la mienne? Ne puis-je pas agir en souverain? Invoque-moi, et je te répondrai; je t'annoncerai de grandes choses, des choses cachées que tu ne connais pas" (Jérémie 33/3).
De bonne heure le lendemain, un des anciens vint me voir. Aussitôt qu'il fut seul avec moi, il éclata en pleurs : "L'année des Boxers, me dit-il, j'étais trésorier de l'Eglise. Les Boxers vinrent et détruisirent tout, même les livres de comptes. Je savais donc que je pouvais mentir sans danger. Je jurai que je n'avais jamais reçu certains fonds qui m'avaient été confiés. Depuis, je me suis servi de ces fonds pour mes affaires. Hier, pendant vos allocutions, j'étais comme fouillé par une flamme. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. La seule chose qu'il me reste à faire pour me soulager, c'est de confesser mon péché devant l'Eglise et de faire pleine et entière restitution".
Après mon exhortation ce matin-là, l'ancien se leva devant tous et mit à nu son péché. L'effet fut instantané. Un autre membre poussa un cri perçant, mais quelque chose sembla le retenir, et il se tut sans rien confesser. Plusieurs alors prièrent successivement et se confessèrent en pleurant.
Pendant toute la troisième journée, le mouvement augmenta d'intensité. Mon hôte, le missionnaire, me dit : "Ceci me stupéfie. Cela ressemble au Réveil écossais de 1859. Ne pourriez-vous pas renoncer à vos autres allocutions et commencer des services d'actions de grâce? Si je comprends bien la situation, répondis-je, nous sommes encore loin des actions de grâce. Il y a encore beaucoup de péchés qui doivent venir à la lumière. Laissez-moi continuer mes exhortations, et ensuite vous tiendrez tous les services d'actions de grâce que vous voudrez."
Le quatrième matin, un auditoire exceptionnellement nombreux envahit la salle. Les gens paraissaient être dans une attente anxieuse. Pendant le chant qui précéda mon allocution, une voix intérieure me dit : "Le succès de ces réunions est phénoménal. Cela va te faire une réputation extraordinaire, non seulement en Chine, mais dans le monde entier." La chair en moi répondit, et un sentiment de satisfaction m'envahit. Immédiatement, je sentis que c'était l'adversaire qui était à l'œuvre de la façon la plus subtile, en me suggérant de partager la gloire avec le Seigneur Jésus. Combattant la tentation, je dis : "Satan, sache une fois pour toutes que je suis prêt à devenir l'atome le plus insignifiant, pourvu que mon Maître soit glorifié comme Il se doit." Le cantique étant achevé, je me levai pour parler.
Pendant toute ma prédication, je sentis avec intensité la présence de Dieu. En concluant je dis à l'auditoire : "Maintenant, vous pouvez prier. " Immédiatement, un homme s'avança jusque devant l'estrade, la tête basse, le visage inondé de larmes. C'était l'ancien qui, deux jours auparavant, avait poussé un cri perçant. Comme poussé par une puissance incoercible, il s'écria : "J'ai commis adultère. J'ai essayé trois fois d'empoisonner ma femme !" Il arracha alors les bracelets d'or de ses poignets et la bague d'or qu'il avait à son doigt, et les plaça dans le plateau de la collecte en disant : "Qu'ai-je besoin de ces futilités?" Il prit sa carte d'ancien et la mit en morceaux qu'il jeta sur le plancher. "Vous avez tous de mes cartes chez vous, dit-il à l'auditoire Ayez la bonté de les déchirer. J'ai profané ma charge sacrée, je donne ma démission d'ancien."
Après cette confession émouvante, personne ne bougea pendant plusieurs minutes. Puis, l'un après l'autre, tous les anciens se levèrent et offrirent leur démission. Le résumé de leurs confessions était ceci : "Bien que nous n'ayons pas péché comme notre frère, cependant nous sommes indignes, nous aussi, de conserver notre charge." Les diacres, un par un, se levèrent, et donnèrent aussi leur démission. "Nous aussi sommes indignes" confessèrent-ils.
Depuis plusieurs jours, j'avais remarqué que le plancher, devant le pasteur indigène, était souvent mouillé de larmes. Il se leva, et la voix brisée nous dit : "Si l'Eglise est dans ce triste état, c'est que je n'ai pas été ce qu'il aurait fallu. Je ne suis pas digne d'être votre pasteur. Voilà ma démission."
Une scène des plus touchantes suivit. De différents côtés des voix criaient : "Non, non, cher pasteur, cela va bien. Nous vous réélisons." Tout l'auditoire confirma ces paroles à grands cris, jusqu'à ce qu'enfin le pauvre pénitent fut persuadé que son troupeau lui rendait sa pleine confiance. L'auditoire réclama que les anciens se levassent à leur tour, et un vote unanime leur rendit la confiance de l'Eglise. Ce fut ensuite le tour des diacres. L'harmonie était rétablie. Le même soir, l'ancien dont la confession avait été suivie de fruits si merveilleux, fut vivement pris à partie par un de ses amis. "Qui vous a obligé à vous avilir publiquement, ainsi que votre famille?" lui demanda-t-il. Mais il répondit: "Pouvais-je m'en empêcher ?"
Ce fut une grande joie pour moi de voir le changement que l'attitude de mon hôte subit pendant ces réunions. Un matin, tandis qu'on priait pour différentes personnes, il se précipita en avant en disant : "Priez pour nous, les missionnaires, nous en avons plus besoin que n'importe qui." Sa femme, si indifférente, revint de chez son amie plusieurs jours avant la fin de la campagne. Ce n'était pas trop tard, son cœur fut touché, et elle devint plus consacrée même que son mari.
Le dernier jour, le pasteur indigène dit à ses gens : "Vous savez combien de nos anciens et de nos membres ont rétrogradé. Oh ! s'il y avait moyen de les ramener !" A ces mots l'auditoire se leva comme un seul homme et tous s'unirent pour prier en faveur des brebis égarées. On pria comme si ces âmes étaient celles auxquelles on tenait le plus au monde, comme une mère prierait pour son fils prodigue. Au cours de cette même année, des centaines de rétrogrades revinrent au bercail. La plupart confessèrent qu'ils ne pensaient pas avoir jamais été convertis auparavant.
Un des anciens de l'Eglise de Liaoyang, peu avant mon arrivée, avait déménagé un dimanche. Le missionnaire était allé le voir, et l'avait repris pour avoir donné aux fidèles un si mauvais exemple. L'ancien s'était mis en colère, affirmant qu'il n'avait eu que le dimanche pour faire son déménagement. Le matin du second jour de ma série de réunions, il s'effondra devant tous et confessa son péché. Il aurait eu bien le temps de déménager pendant la semaine, mais il avait voulu mettre à profit le dimanche. Peu après mon départ, cet ancien tint des réunions pour les élèves du lycée et obtint d'extraordinaires résultats. Après la confession de cet ancien, le deuxième jour, la pression du Saint-Esprit augmenta rapidement. Un matin, le cinquième jour, un vieux rétrograde s'écria angoissé : "Je l'ai tué !" Il confessa son péché. Il était brouillé à mort avec un de ses voisins. Celui-ci étant tombé malade, notre rétrograde, qui était médecin, fut appelé pour lui ordonner un remède. Il lui ordonna du poison qui le tua. L'effet de cette révélation peut plus facilement s'imaginer que se décrire. En quelques minutes, l'assemblée entière semblait être les affres du jugement. De tous côtés partaient des confessions et des demandes de pardon