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CHAPITRE II
Préparation intensive
En automne 1901, après m'être remis des effets terribles de la révolte des Boxers, je commençai, en rentrant en Chine, à être de plus en plus mécontent des résultats de mon travail. Dans mes premières années de ministère, je m'étais consolé de mes insuccès, en pensant que les semailles devaient précéder la moisson, et que celle-ci viendrait en son temps. Mais la moisson, au bout de treize ans de travail, me semblait plus loin que jamais. Je sentais qu'une bénédiction bien plus grande m'attendait, si seulement j'étais capable d'en avoir la vision, et d'avoir la foi pour la saisir. A mon esprit revenaient constamment ces paroles : "En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais et il en fera même de plus grandes..."
Je sentais profondément qu'il était impossible de croire que ce que je faisais année après année équivalait aux "œuvres plus grandes". Mécontent, inquiet, j'étudiais plus attentivement les Ecritures. Tout passage portant sur la question de la puissance était pour moi vie et respiration. J'avais dans ma bibliothèque de nombreux livres sur le Réveil. Je les lus et les relus. Cela devenait une telle obsession, que ma femme avait peur que ma raison ne succombât. Les récits du Réveil gallois de 1904 et 1905 me furent d'un grand secours. Le Réveil n'était donc pas une chose du passé. Je me rendis compte, graduellement, que j'avais découvert un filon d'une richesse infinie.
Un ami travaillant aux Indes, m'envoya, au cours de l'automne de 1905, des extraits de l'autobiographie de Finney et, de ses discours de Réveil. Ce fut l'étincelle qui m'embrasa. "Est-ce qu'un fermier, disait la préface, penserait à prier pour obtenir une moisson sans avoir d'abord semé ? Pourquoi les chrétiens s'attendraient-ils à une grande moisson d'âmes, même s'ils la demandent à Dieu, avant d'avoir rempli d'abord les lois de la récolte spirituelle ?"
Si Finney a raison, me dis-je, je vais découvrir quelles sont ces lois et je les observerai coûte que coûte.
Au début de 1906, alors que j'étais en route pour participer à la campagne intensive d'évangélisation qui se fait annuellement à la grande foire idolâtre de Hsun-Hsien, un collègue me prêta l'autobiographie complète de Finney. Il m'est impossible de dire ce que ce livre fut pour moi. Nous, les missionnaires, en lûmes une portion chaque jour tant que dura la foire. C'est à cette foire que je commençai à voir les premiers signes dans les cœurs de mes auditeurs de l'action de la puissance suprême. Un jour, tandis que j'avais pris pour texte, 1 Timothée 2/1 à 7, plusieurs personnes furent profondément émues. Un évangéliste murmura avec une crainte respectueuse: "Mais ces gens paraissent émus comme les auditeurs de Pierre à la Pentecôte." Le même soir, je parlai devant une salle comble. Mon texte était 1 Pierre 2/24 : "Il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois...". La conviction du péché se lisait sur tous les visages. Quant, à la fin, je demandai des décisions, l'auditoire entier se leva comme un seul homme en criant : "Nous voulons suivre ce Jésus qui est mort pour nous !" Je pensais qu'un des évangélistes allait parler après moi, mais en me retournant, je les vis tous les dix, debout, sans mouvement, regardant, étonnés. Tandis que l'un d'eux restait dans la salle pour parler à la foule, j'allai avec les autres dans une chambre contiguë pour prier. Pendant quelques minutes ce fut un silence absolu. Tous semblaient trop frappés de crainte pour parler. Enfin, la voix tremblant d'un évangéliste s'éleva : "Mes frères, Celui pour qui nous avons prié si longtemps était présent en personne parmi nous ce soir. Mais sachons bien que pour qu'Il demeure avec nous, il faudra que notre manière de vivre soit très châtiée."
En 1906, en automne, désappointé par l'état languissant de mes annexes, je projetais une tournée pour essayer de les réveiller. Mais il y avait cependant entre le Seigneur et moi une question qui devait être réglée avant tout. Inutile d'entrer dans les détails; tout ce que je puis dire, c'est qu'il s'agissait d'un différend entre un collègue et moi. Je sentais honnêtement que j'étais dans mon droit. ( Ceci est très humain. Dans toute querelle il est toujours sage de faire la part de chacun). En tout cas, l'impulsion de l'Esprit était claire. Il fallait que cette affaire fût réglée. Je répondais toujours à Dieu que la faute était du côté de mon collègue et non pas du mien; c'est lui qui devait venir à moi, et non moi qui devais aller à lui. L'Esprit parlait toujours. "Mais enfin, Seigneur, discutai-je, il est venu dans mon bureau et s'est accusé avec larmes. La chose n'est-elle pas arrangée ?"
"Hypocrite! semblait-il me dire, tu sais très bien que vous ne vous aimez pas comme je vous ai commandé de le faire." Je persistais : "La faute est du côté de mon collègue, je ne puis rien faire". Alors vint la parole finale : "Si tu ne règles pas cette question avant de partir pour ta tournée, tu échoueras, je ne pourrai aller avec toi." Cela m'humilia un peu. Je n'avais pas du tout envie de faire cette tournée si longue et si fatigante sans Son aide; je savais bien que seul je serais "comme battant l'air".
La veille de mon départ, je devais présider une réunion de prière pour les chrétiens chinois. Tout le long du chemin, la voix continuait à me presser: "Va, et arrange cette affaire, pour que je puisse t'accompagner demain". Je ne voulais pas céder. Je commençai la réunion. Cela alla bien pendant le premier cantique et la lecture de la Bible. Mais aussitôt que j'ouvris la bouche pour prier, je ne savais plus ce que je disais, car l'Esprit me répétait sans cesse : "Hypocrite ! pourquoi ne règles-tu pas cette affaire ?" Je fus encore plus troublé pendant ma courte allocution. Finalement à peu près à la moitié de mon discours, le fardeau devint si intolérable que je cédai et dis en mon cœur : "Seigneur, dès la fin de la réunion j'irai régler cette affaire". Instantanément, quelque chose sembla céder devant l'auditoire. Mes auditeurs ignoraient ce qui se passait dans mon cœur, et cependant l'atmosphère fut absolument transformée.
Quand la réunion fut ouverte à tous, ceux qui voulaient prier se levèrent l'un après l'autre, mais ne purent qu'éclater en pleurs. Depuis vingt ans que les missionnaires travaillaient dans le Honan, ils avaient espéré en vain voir les Chinois verser des larmes de repentir.
La réunion ne se termina que très tard. Aussitôt qu'il fut possible, je me hâtai d'aller chez mon collègue pour régler ce qui nous divisait. Les lumières étaient éteintes, toute la famille était couchée. Je revins chez moi pour ne pas les déranger. Mais la chose était en règle. Le lendemain, dès l'aube, je me mis en route pour l'une de mes annexes. Les résultats de cette tournée dépassèrent toutes mes espérances. L'Esprit de Dieu partout se manifesta, jugeant le péché. Les torts furent réparés, les choses tordues furent redressées. Je ne pus consacrer qu'une soirée à un certain endroit, mais tous les auditeurs furent touchés aux larmes. Dans l'année qui suivit, le nombre des membres de l'Eglise, dans l'une de mes annexes, fut doublé; dans une autre 54 personnes furent ajoutées à l'Eglise, et dans une autre, 88.
Quelques mois après cette première tournée, le monde religieux fut électrisé par le récit du Réveil en Corée.
Le secrétaire de notre Société, alors en visite en Chine, le docteur R.P. Mac Kay, me demanda de l'accompagner en Corée. Inutile de dire avec quelle joie j'acceptai cette proposition. Le mouvement religieux en Corée, en me montrant les possibilités illimitées du Réveil était d'une importance capitale pour moi.
Il est bon de connaître le Réveil par les récits de la presse, mais quelle différence cela fait de le voir de ses yeux, d'en respirer l'atmosphère, de sentir vibrer son cœur dans ces réunions! Je compris en Corée, avec d'autres, que le Réveil était le plan de Dieu pour mettre le monde en feu. J'étais depuis bien peu en Corée, quand je vis la source d'où était né ce grand mouvement. M. Swollen, de Pingyang, me raconta que les missionnaires de sa station, méthodistes et presbytériens, après avoir lu des récits de Réveil aux Indes, avaient pris la décision de prier chaque jour à midi pour obtenir une grâce semblable.